lundi 19 mai 2008

Qu'est ce que l'image?

A vrai dire, la question qui devrait être posée serait plutôt :  « qu’est ce qui caractérise la relation entre l’être humain
et l’image et quels sont les fondements de ce rapport? »
Mais pour s’immiscer dans ce genre de réflexions, il faut peut être d’abord commencer par situer ces interrogations
dans le cadre de quelques explications qui se révéleront fort utiles par la suite.
Tout d’abord commençons par le terme « image ». Le mot image est dérivé de la terminologie latine « imago ». Déjà,
à l’époque glorieuse de Rome, et bien avant l’apparition des filiations sémantiques « modernes » de ce terme et de
ses multiples relations sémiotiques, imago définissait un champ bien vaste de correspondances fort intéressantes.
Ainsi, et au-delà de son sens direct, imago définit pas moins de 10 autres significations.
Mais la pluralité significative n’est pas le maître mot de l’importance de ce terme. En effet l’impacte de chaque
signification confère au terme « imago » une charge sémantique et un impacte sémiotique d’une grande importance.
Ainsi outre la signification de portrait, de représentation ou de tableau, le terme imago pouvait signifier un masque de
cire qui serait le portrait d’un personnage illustre de Rome, que ses descendants conservaient dans l'atrium et qu'ils
faisaient porter dans les funérailles, ou encore se confondre avec l’ombre associée à cette époque là à la mort et aux
fantômes, aux visions terrifiantes et aux simulacres.
Dans un tout autre contexte l’image représentait dans l’antiquité l’idée, le souvenir et les pensées, mais aussi la
ressemblance, ou le reflet. Le mot imago servait aussi à indiquer et à désigner une forme, un signe extérieur particulier,
ou un quelconque aspect.
Le terme imago revêt donc une importance capitale, car fortement lourd de sens et de significations. Il offre un vaste
champ sémiotique, passant du concret à l’intangible, de la vie à la mort en passant par le fantastique et l’imaginaire.
 
 
Néanmoins, dans les précédentes significations évoquées, ce terme est exclusivement associé au sens de la vue, et
puise son importance en étant associant à un contexte visuel.
Même lorsqu’il s’agit d’intangible, l’esprit à toujours tendance à associer un terme à une image visuelle.
Hors les Romains ont poussé l’extravagance sémantique à un tel niveau de finesse qu’ils se sont permis subtilement
d’associer et de confondre un terme, que l’on aurait pu penser, réservé strictement au sens de la vue, à celui de l’ouie !
Ainsi le terme imago pouvait bien être associé à l’imitation d’un son ou encore être confondu avec l’écho. Cette
« complexité » sémiotique est telle qu’elle défie outrageusement l’uniformité lexicale, et octroie à « l’image » en
tant que terme, une polyvalence assez improbable en ce qui concerne l’association avec les sens de l’être humain.
Cette complexité, même si certes très intéressante, a fait perdre au fil du temps, au terme « image » cette
correspondance « acoustique » si je puis dire, se dissociant à tout jamais de cette signification et de ce sens
qu’est l’ouie.
Ce dernier exemple nous indique un peu plus promptement les fondements de la relation qu’entretien l’homme
avec l’image. Dans sa quête éternelle afin de dompter l’image, l’homme tend fortement à écarter tout élément
qui pourrait nuire à son processus de contrôle.
L’exemple ci-dessus l’illustre très habilement. L’être humain isole cette pluralité sémiotique et restreint ces
correspondances « hérétiques » d’un point de vue lexicographique, pour se conforter dans un sentiment de
domination de l’image.
Comment la raison humaine pourrait assimiler le fait que l’image représente le son ? Rien que
le fait d’y penser peut induire dans un quiproquo sémiologique. Néanmoins ceci n’ôte rien à cela, l’image aussi bien en tant que terme qu’en tant qu’entité palpable, demeure chargée de sens et garde une certaine complexité qui attise les flammes de la relation entretenue avec l’être humain.

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